Frank, la mort de tout suit celle de l’espérance …
C’est fini, mon ami ! … Le monde, oh ! quel égout
Où nos cœurs attristés promènent leur dégoût !
Notre jeunesse à tous est un vaste naufrage
Où nous ne pouvons plus aborder qu’un rivage,
Ce rivage inconnu qu’on appelle le ciel …
Etre les prisonniers du malheur éternel,
Sentir que l’on périt quand on rêvait de vivre,
N’avoir pour végéter que l’aliment du livre,
Nostalgiques esprits, vers des centres lointains
Fixer désespérés nos regards incertains,
En exilés honnis qui pleurent leur patrie ;
Replier comme une aile impuissante et meurtrie
Son âme sous les coups de la fatalité ;
Aspirer à l’Amour, évoquer la Beauté,
Et sans cesse trompés, retomber dans la lie
Où plonge, sans espoir, l’existence avilie ! …
Es-tu donc satisfait de cet étrange sort ?
Non … Voici, pour qui veut, l’abîme de la Mort
Où vont les tourbillons fuyant des choses vaines,
Où l’on dort, affranchi des misères humaines.

